sanary , orage en plein soleil 

Lecture-performance franco allemande

Une coproduction le Théâtre de la Lune à Stuttgart et la Compagnie Le Talon rouge à Strasbourg

Déchus de leur nationalité par les autorités du Reich au début des années trente, les intellectuels allemands s’exilent à Sanary - sur - Mer. Parmi eux, Lion Feuchtwanger, Thomas Mann, Ludwig Marcuse, Franz Werfel…René Schickelé (1883-1940), écrivain alsacien de langue allemande, luttant contre les nationalismes, le militarisme et le fascisme, veut construire un pont entre la France et l’Allemagne pour contribuer à une Europe de la paix et de la liberté.

C’est ce « citoyen français und deutschter Dichter » qui précèdera cette longue file d’écrivains allemands engagés sur le chemin de l’exil dans ce petit port de pêche, baptisé par Ludwig Marcuse « capitale secrète de la littérature Allemande ».

Prochaines dates :

24 septembre 2020 à 20h  : Kulturzentrum MERLIN, Stuttgart

13 octobre 2020 à 20h : Providenzkirche, Heidelberg

Mars 2021 : Mannheim

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DISTRIBUTION

adaptation et jeu Petra Weimer, Boris Ben Siegel

conception de l'espace Roxana N.G.Kreis  

Cette lecture – spectacle est le deuxième volet d’une collaboration artistique entre des acteurs strasbourgeois et des acteurs de la ville de Stuttgart, désireux de promouvoir ensemble, à travers des projets culturels communs, le développement d’une citoyenneté européenne active.

     Notre but étant à travers ce travail de mémoire, d’envisager ensemble quels enseignements tirer de la situation des intellectuels allemands et alsaciens exilés dans le sud de la France pour échapper au climat politique d’une Europe prise dans les griffes du national-socialisme .

Petra Weimer, artiste vivant et exerçant son métier à Stuttgart et Catherine Javaloyès, comédienne et directrice artistique de la compagnie strasbourgeoise Le Talon Rouge renouvellent leur collaboration professionnelle.  Pour ce nouveau projet sur l’exil des écrivains allemands et alsaciens dans les années 30 à Sanary -sur- mer, Boris Ben Siegel, comédien et metteur en scène, se joint à elles pour former un trio de comédiens.

Le propos

 

Quel est donc cet incalculable sentiment qui prive l’esprit du sommeil nécessaire à la vie ? Un monde qu’on peut expliquer même avec de mauvaises raisons est un monde familier. Mais au contraire, dans un monde soudainement privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent un étranger. Cet exil est sans recours parce qu’il est privé des souvenirs d’une patrie perdue ou de l’espoir d’une terre promise. Ce divorce entre l’homme de sa vie, l’acteur de son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité. Albert Camus

 

Déchus de leur nationalité par les autorités du Reich au début des années 30, les intellectuels allemands, des peintres, des écrivains, s’exilent à Sanary-sur-Mer. Parmi eux, Lion Feuchtwanger, Thomas Mann, Klaus Mann, Erika Mann, Franz Hessel, Ludwig Marcuse, Bertold Brecht, Franz Werfel, écrivain autrichien, Sybille Bedford, de nationalité anglaise et bien d’autres. ...

Parce qu'ils étaient juifs, communistes, anti–nazis, homosexuels, quelques 2 500 écrivains germanophones ont vécu en exil, entre 1933 et 1945, dans le petit village de pêcheurs de Sanary-sur- Mer, sur la côte méditerranéenne française, romantique, pittoresque, en exil, sous les palmiers.

Eve est sortie de la côte d’Adam, l’homme nouveau sortira de la côte d’Azur. Aldous Huxley

Du côté alsacien : portrait de René Schickelé

René Schickelé (1883-1940), romancier, essayiste et poète alsacien de langue allemande, ancien membre de l’Académie de Berlin, né à Obernai le 04 août 1883 dans une Alsace annexée par le Reich allemand, va leur ouvrir la voie.

Cet « animal bilingue » comme il se définit lui-même, va passer sa vie à lutter contre les nationalismes, contre le militarisme et le fascisme. L’indépendance, le pacifisme et la liberté sont les valeurs qu’il prône. Il veut faire de l’Alsace, le royaume réconcilié de l’homme libre. Il crée à Strasbourg, la revue contestataire « Der Stürmer » et œuvre toute sa vie pour construire un pont entre la France et l’Allemagne et contribuer à une Europe de la paix et de la liberté dans un esprit « idéal socialiste ».

Journaliste à Paris, il est fortement impressionné par la personnalité de Jean Jaurès et par son socialisme pacifiste. En dépit des contresens et des procès d'intention, c'est la ligne qu'il s'efforcera de défendre année après année malgré la montée des tensions diplomatiques entre la France et l'Allemagne et le déchaînement, des deux côtés du Rhin, des propagandes nationalistes et bellicistes. Après la guerre, il quitte l'Alsace pour s’établir de l'autre côté du Rhin, à Badenweiler, qu’il quittera en 1932 pour s'installer en Provence. Violemment attaqué par la presse nazie il sera traité de « juif alsacien » « pacifiste et traite à la patrie ». Dans une lettre à son ami Meier - Graefe il prophétise « une éclipse du soleil ».

Pour son dernier roman écrit en France, Le retour (1938), il revient à sa langue maternelle, le français. Il ne retournera plus en Allemagne.

Ce « citoyen français und deutschter Dichter » précèdera cette longue file d’écrivains allemands engagés sur le chemin de l’exil dans le petit port de pêche du Sud de la France, baptisé par Ludwig Marcuse « capitale secrète de la littérature Allemande ». Ce dernier écrira aussi à propos de cette nouvelle patrie d’adoption : « Tout revêtait la couleur bleu azur, excepté notre âme. Nous étions au paradis, mais par contrainte et nécessité. »

Si René Schickelé a une place centrale dans la communauté d’artistes exilés en Provence, sa situation n’en est pas moins complexe. Comment un français peut-il se considéré comme « exilé » dans son propre pays ?

Appartenant à l’aire linguistique allemande, ce départ signifie la perte de son public et de ses ressources. Mais aussi l’échec de sa mission alsacienne ou la défaite de ses idées de médiation franco- allemande. Ces conditions d’existence, la marginalité, son isolement, malgré la douceur du climat et du paysage méditerranéen contribueront à sa mort précoce en 1940.

Si René Schickelé vit dans la précarité, la plupart des artistes allemands parviennent à garder une certaine aisance matérielle. Une vie sociale et intellectuelle tente de se réorganiser. Les couples s’installent, la vie sociale reprend grâce aux cafés, nouveaux points de rendez-vous, lieux d’échanges et de discussions. On reçoit aussi chez soi.

          Mais le sort de certains écrivains allemands n’est pas brillant à la veille de la déclaration de la guerre. Lion Feuchtwanger est emprisonné au Camp des Mille, camp de détention près d’Aix en Provence. Il écrit son roman Le Diable en France pour dénoncer les agissements d’une administration française peu glorieuse.

Franz Werfel est considéré comme un espion en France, à la solde des Allemands.

Nous nous ferons témoins de ces faits d’époque pour interroger en creux la situation de ceux qui sont assignés à résidence aujourd’hui, dans leurs propres pays ou dans le pays d’exil qu’ils ont choisi et essaierons de comprendre cette notion de flottement identitaire.

Conception de la lecture–spectacle

 

A partir de la situation de ces intellectuels en exil dans une Europe troublée et fragilisée par la montée du nazisme, nous interrogerons aussi nos propres craintes face à ces fractures dont souffrent des milliers d’êtres humains aujourd’hui dans notre monde global, résultat d’injustices sociales, économiques et politiques.

Nous témoignerons par le biais de séquences improvisées glissées à l’intérieur de notre conduite, de nos ressentis personnels face à une situation d’exil qui peut se reproduire à n’importe quel moment de nos vies.

La lecture que nous proposerons sera sous la forme d’un montage de textes: romans –correspondance –dialogues réadaptés – journaux intimes – interviews...tous extraits d’ouvrages écrits par les artistes de l’époque.

Nous mêlons nos récits fictifs aux textes originaux des témoins contemporains de cette époque (y compris les documents originaux de la mairie de Sanary) et nous nous référons ici aux recherches de la journaliste et auteur Ingrid Müller-Münch.

Sa pièce radiophonique - nominée pour le prix franco-allemand du journalisme 2018 - avec extraits de journaux intimes et littéraires des écrivains qui ont fui vers le prétendu "paradis" dans les années 1930, servira de socle à notre lecture-performance..

 

Notre objectif : rassembler un large public, français et allemand, toutes générations confondues, autour de l’histoire de l’Alsace et de ses voisins d’outre-Rhin.

L’amener à puiser dans une mémoire européenne, à travers des faits historiques réels, tout ce qui peut servir à éclairer et comprendre certains rouages de nos quotidiens en perpétuel changement.

Grâce à une proposition culturelle bilingue, continuer d’œuvrer au dialogue franco-allemand, au respect et à la compréhension mutuelle.

Multiplier les points de vue, susciter une réflexion sur sa propre vision de l’histoire.

Compagnie Le Talon Rouge, 5 rue Charles Grad, 67000 Strasbourg