Accueil du site / Les spectacles / Mon amour, d’après le roman d’Emmanuel Adely, Ed. Gallimard / Média : presse écrite, photos, vidéos / La presse en parle / C’est du désordre l’amour

 

Emmanuel Adely et Catherine Javaloyès signent une création de la Compagnie du Talon rouge : des mots magnifiques, servis par une interprétation exemplaire. Avec Mon amour d’Emmanuel Adely, Catherine Javaloyès fait d’un texte narratif un moment de théâtre d’une exceptionnelle intensité, y resserrant l’échange entre quatre comédiens - les Strasbourgeois Gaël Chaillat, Blanche Giraud-Beauregard et Pascale Lequesne et le Parisien Jean-Philippe Labadie - pour donner corps et densité à la langue de l’auteur.

 

Ça fait vivre, ça brûle, ça griffe...

 

Ils incarnent Kevin, Roberta, Daniel et Monique, des précaires pris au piège d’un quotidien plombé. Ces quatre-là parlent sans relâche et ne font pas de manière pour dire tout l’amour qu’ils ont sur le coeur, celui auquel ils rêvent et celui qu’ils vivent. Ils y voient clair ou s’embrouillent, mais aucun ne triche et ça fait mal parce que « c’est du désordre, l’amour ». Ça fait vivre, ça brûle, ça griffe, ça se fait, jusqu’à donner sens à l’existence, et ça se défait aussi, ça mine, ça ne veut pas mourir, ça tue.

Le spectacle n’esquive pas la violence, celle des sentiments et celle du sexe, mais aussi celle de la société qui broie les plus fragiles, incapables de rentrer dans le cadre. Témoin Roberta, écrasée par l’alignement impeccable des produits dans les supermarchés, et qui ne retrouve son calme qu’en malaxant les pulls en solde, plein d’accrocs tout comme elle.

Mon amour conjugue ainsi un texte exceptionnel, où rien n’est de trop, avec le quotidien le plus terne. Aucun mot ne sonne faux dans la bouche de ces êtres auxquels la culture n’a pas été donnée, chaque parole y est d’une justesse et d’une humanité absolues. De la cuisine à la cave, du café à l’abribus, les scènes s’enchaînent sans temps mort. Monologues et dialogues se nouent, tricotés dans une étonnante bande sonore de Pascal Doumange, où les bruits de la rue ou ceux d’une lessiveuse sont restitués d’une manière à la fois familière et abstraite. Un spectacle fort, comme il est rarement donné d’en voir.

 

Véronique Leblanc Dernières Nouvelles d’Alsace, Samedi 17 Février 2007.