Accueil du site / Les spectacles / Mad about the Boy, d’après le roman d’Emmanuel Adely, Ed. Gallimard / Média : presse écrite, photos, vidéos / La presse en parle / Folle d’un garçon et folle tout court

 

Hystérie amoureuse, jouée avec force et finesse, sur un texte pétri de nombreuses et belles contradictions. « Mad About The Boy » est un émouvant spectacle solo présenté ces jours derniers au Caveau du Scala à Strasbourg. « I’m mad about the boy ! » Tout commence - et tout finit - par ces mots graves et outranciers chantés par la succulente Dinah Washington. Des mots qui résonnent sans cesse ici dans la tête d’un être fragile, qui attend la mort en même temps qu’elle rêve d’amour.

Une chanson jazzy, comme un air lancinant qui phagocyte la pensée, si bien qu’elle en devient le seul moyen d’expression : d’elle, de lui, d’une vie de passion absente. Car il s’agit bien là d’un amour fatalement avorté. Pas de passion sans peur. Pas de peur sans absence. Ici, c’est l’absence de Jean, cet inconnu rencontré à peine quelques jours plus tôt, mais qui a pris toute la place vide dans ce coeur meurtri. Une obsession. Si bien que l’existence lointaine de Jean se fond dans la chanson, devient elle-même chanson, et par là même fantasme avoué.

Une actrice équilibriste

Il ne vient pas ce soir. Il a appelé pour l’en avertir. Mais ne lui a pas dit qu’il rappellerait... Et tout part de cette attente. Le spectateur est mis dans la confidence : le personnage le hèle, le supplie de continuer à l’entendre. Une manière de l’inclure entièrement dans et entre les lignes de ce texte tout simple et magnifiquement ciselé d’Emmanuel Adely, sobrement mis en scène par Josiane Fritz. Où l’absence est encore appuyée par une écriture sans ponctuation, mimétisme d’une passion hystérique, un peu comme lun des personnages féminins d’Albert Cohen dans Belle du Seigneur.

Un texte riche de contradictions, dont la moindre n’est pas d’avoir été écrit tantôt au féminin, tantôt au masculin, signe de l’universalité de ce sentiment perdu entre espoir et désespoir. Et puis, dans ce discours fou, les amoureux ont tantôt le même âge ou la même taille, tantôt non. Comme si le personnage vivait plusieurs réalités, plusieurs vies en imagination. A se demander si tout cela n’est pas une histoire inventée, extrapolée à partir d’un simple regard, ou d’un geste douloureusement équivoque. Oscillation amoureuse de l’enchantement au désenchantement, ce beau monologue intérieur est extériorisé ici par Catherine Javaloyès, magnifique en hystérique touchante, jamais cabotine, simplement et fragilement là. Un numéro d’équilibriste, d’une grande maîtrise, car il faut être solide pour jouer la faiblesse que l’on porte, chacun, en soi-même.

 

Emmanuel Viau © Dernières Nouvelles D’alsace, Dimanche 13 Février 2005. - Tous droits de reproduction réservés