Accueil du site / Les spectacles / Mad about the Boy, d’après le roman d’Emmanuel Adely, Ed. Gallimard / Spectacle / Notes de mise en scène

 

Mad about the Boy d’Emmanuel Adely est un texte intense et poignant : parole nécessaire de l’être qui se confond totalement avec son sentiment amoureux. Le personnage déroule et se laisse envahir par le fil de sa pensée, répétitive et évolutive et la puissance de sa passion fait déferler les mots en flots continus. Nous entrons de plain pied dans cette langue épurée presque familière. Pas de lyrisme ni de pathos : une confession humble, intime qui n’en est que plus bouleversante. La pièce prend la forme d’une fugue développant des variations autour du thème. Le travail de voix portera sur la recherche d’une musicalité dans les rythmes, les volumes, les matières sonores pour créer une partition d’ensemble. La mise en espace se jouera sur le mode du « caché, montré, suggéré » du corps de la comédienne. La scénographie et la lumière, feront apparaître ou disparaître sa silhouette avec les ambiguïtés ( homme, femme ?) indiquées par le texte et focaliseront l’attention sur des « détails », sa bouche, ses mains par exemple. La mise en scène juxtaposera plusieurs états révélateurs de l’intensité de ce moment de crise.

 

Dans la pièce, musique et texte sont très intimement liés. On a presque le sentiment que le texte est issu de la chanson de Dinah Washington portant le même titre. Cette musique sensuelle, envoûtante, somptueuse, le personnage s’y plonge avec de plus en plus de volupté comme un dernier refuge. L’expression profonde et parfaite de ses sentiments « ce mal qui nous fait du bien » est le seul remède à l’absence de l’être aimé, sa vie ne tient qu’à ce fil. Les moments musicaux seront essentiels dans le spectacle jouant les jeux de la résonance, du miroir ou du relais avec la voix.

 

Indépendamment de la chanson de Dinah Washington, nous allons créer un univers sonore en prise directe avec les « mouvements  » du personnage. Les parties musicales ou sonores dans Mad about the Boy viendront tantôt appuyer ses pensées et ses états d’âme, tantôt les contredire comme un élément parasite. En véhiculant la sensibilité du personnage ou en le déstabilisant, le son aidera à créer un rythme à l’intérieur de la parole. Il pourra aussi amplifier un espace, suggérer la poésie d’un lieu, prolonger une émotion.

Un espace sonore fait de sons répétitifs, organiques, quotidiens qui s’inscriront dans une partition d’ensemble. L’ attente dilate le temps , les sons viendront le distordre. Que ce soit pour distancier l’événement ou tout simplement changer de palette de couleurs, le son fera corps avec le texte, pour mieux s’en échapper. Des passages de texte en voix-off enregistrés par la comédienne pour le rythme et l’étrangeté…

 

Emmanuel Adely nous donne des informations sur le personnage dans le désordre. Son style, s’apparente à une écriture «  puzzle », où se juxtaposent des petits bouts de lieux, de temps, d’identité…écriture polyphonique qui ne laisse pas forcément de place au réalisme. La lumière se chargera de rendre ce sentiment de décalage, de fragilité, en éclairant le « petit »… des objets fétiches comme « le mégot écrasé » , « le verre dans lequel il a bu », un bout de costume, une partie du corps… Elle pourra aussi amplifier l’espace en suggérant des ambiances extérieures (la porte d’Hadrien, le port, le stade de marbre…). L’attente a emmené le personnage en fin de journée. Une chaise-miroir pivotante, la chaise de l’aimé, une source de chaleur, un téléphone, un cendrier, de quoi reposer le corps, plusieurs niveaux, plusieurs hauteurs… Pendant ce temps, le comédien inventera la rue, recréera les ambiances. Mais les lieux scéniques pourront aussi être les mouvements inertes qui agitent le personnage… Sur le plateau, un long podium avec décrochage à l’avant-scène, relié au podium par une petite passerelle