Accueil du site / Les spectacles / Mon amour, d’après le roman d’Emmanuel Adely, Ed. Gallimard / Extraits de textes de l’adaptation théâtrale / Course

 

Daniel il court en hurlant, il voit la camionnette des flics avec le gyrophare qui tourne et des gamins dehors qui s’approchent il traverse les gamins en criant il les pousse et s’engouffre dans l’immeuble, il grimpe les escaliers, il monte au troisième étage en sautant les marches trois par trois c’est urgent, maintenant il sait que c’est urgent et la porte est ouverte il y a des gens à l’intérieur en uniforme il se dit et alors, il se dit que ça le concerne plus tout ça, en hurlant il voit tout et il voit rien, même Roberta là-bas qui cajole Frank il la voit pas et il court si vite vers la chambre qu’il voit pas Fred non plus qui parle aux flics il y a du monde et alors il se dit tout ce monde-là est mort, ce monde-là il le voit pas ou il le voit plus, il court jusqu’à la chambre et jusqu’à l’armoire à linge avec le miroir sur la porte qui le reflète mais lui il se voit pas dans le miroir, jamais il s’est vu dans un miroir c’était toujours un autre qu’il voyait, un pauvre type tellement loin de lui en vrai, un pauvre mec il peut plus le regarder en face parce qu’y a plus rien en face y a juste une ombre, une silhouette qui lui appartient plus, de toute façon ça y est l’armoire il l’a ouverte et tout en haut il y a les draps, il crie mais personne a le temps de réagir parce que ça se fait très vite, il a pris le tabouret en moquette rouge sur lequel Roberta elle s’est jamais assise parce qu’il faudrait une coiffeuse pour s’asseoir sur un tabouret en moquette rouge mais la coiffeuse ils l’ont jamais achetée, juste le tabouret, ça suffisait, ça donnait une idée de la coiffeuse qui irait avec, quand y aurait le temps, ou l’argent, et il monte sur le tabouret ça se fait très vite Daniel court en hurlant… en tremblant.