Accueil du site / Les spectacles / Mon amour, d’après le roman d’Emmanuel Adely, Ed. Gallimard / Extraits de textes de l’adaptation théâtrale / Orgasme

 

ROBERTA

T’as eu combien d’orgasmes dans ta vie Monique ?

 

MONIQUE

Tu délires Roberta, tais-toi.

 

ROBERTA

Arrête Monique, c’est important ce que je te dis, je l’ai jamais dit à personne, à qui tu veux parler de ça, y a qu’à toi que je peux en parler, t’as eu combien d’orgasmes Monique ?

 

MONIQUE

Mais de quoi tu parles Roberta.

 

ROBERTA

Du moment où le plaisir il monte, il monte et même pas forcément parce que tu sens un sexe, mais juste des mains, juste un poids, , rien que ses mains, rien que son désir et doucement c’est brûlant, à l’intérieur de ta peau et dans ta tête comme de l’ivresse et du calme en même temps. ça te renverse, pas le plaisir, mais quelque chose de plus, et pas le va-et-vient, quelque chose de plus, tu es au bord de toi à la frontière et c’est pas la surprise du sexe en toi, c’est quelque chose d’autre qui te courbe doucement et te rend folle doucement, brûlante, quand c’est tout ton corps , juste t’es dans un moment qui te pulvérise doucement et te reconstruit en même temps, ça fait de la flamme, ça t’illumine, et tu es loin de toi et complètement en toi, t’es écartelée et réunie, tu te comprends, pour la première fois de ta vie tu te comprends toi entièrement, ton corps et ta tête, tu t’acceptes, tu te reconnais et tu peux mourir, à ce moment-là tu peux mourir et tu meurs c’est sûr tu te sens partir en lumières, c’est juste une seconde, ou deux secondes, où tu vis complètement et où tu comprends pourquoi tu vis et que ça vaut le coup, d’être, totalement, bien avec toi, toutes les douleurs pour ça, pour ça, rien que pour ça tu cries ou tu cries pas mais pour quelque chose qui est plus grand que le bonheur, qui est ton corps qui vit tout seul, sans ta tête, quelque chose qui est ce que toute ta vie tu cherches, sans le savoir parce que tu le connais pas toute ta vie tu cherches ça, l’amour ça te rend toi telle que tu es, et tu danses dans ce moment parce que tu es au-dessus du sexe, à côté, dedans, au bord, et tu sais que c’est ça ta vérité, la seule vérité, enfin tu le sais, et jamais tu l’oublies.