Accueil du site / Les spectacles / La Campagne de Martin Crimp - L’ARCHE Editeur / Notes de mise en scène par Catherine Javaloyès / Coup de projecteur sur l’espace et le son

 

L’espace épuré est transformable pour révéler l’espace mental et physique de ce lieu clos. Un espace agrandi ou au contraire rétréci jusqu’à l’oppression. Les deux couples évoluent sur une grande maquette de jeu, ou de vie pourrait-on dire. Ce dispositif sobre et géométrique, avec des chambranles sans portes et un escalier minuscule qui ne mène nulle part, suggère, effleure, laisse toute la place à l‘imaginaire du spectateur. À chacun de dresser ses plans de bataille rangée. Nous avons cherché à construire un cadre où la légèreté s’imposait pour mieux faire entendre l’écriture musicale de la pièce et épingler des corps cherchant leur place dans un espace habité par le vide.

 

Nous avons travaillé les contrastes de rythmes, de lumières et de sons, dans un décor épuré qui prend des allures de maquette grandeur presque nature, étalée au sol.

 

Les lumières nous projettent dans des ambiances réalistes ou des ambiances de polar et nous plongent dans des temporalités confuses de brouillards anglais et d’onirisme. Elles ne cherchent pas toujours à rendre visible mais laissent l’imaginaire du spectateur faire son œuvre. Elles ouvrent vers le fantastique. Comme dans un thriller de cinéma elles « zooment » sur les objets comme pour les sur - dimensionner, et faire monter le suspens.

La musique vient court-circuiter les mots, elle s’engouffre entre les actes pour prolonger l’ambiance du tableau précédent, ou annoncer l’ambiance du tableau suivant. Elle est travaillée dans les inter–scènes et suit les indices de jeu indiqués dans la pièce. À l’instar de la structure verticale du texte, une musique de style contrepoint suit la structure des dialogues dans une superposition de mélodies distinctes. La tension dramatique est souvent ponctuée par un son, ou par une rupture sonore. La diffusion des ambiances sonores au lointain éclate l’espace scénique du huis clos en délimitant l’espace intérieur de la maison.

 

Martin Crimp pointe ici le vide de l’existence et nous embarque de manière toujours un peu cruelle et moqueuse, dans un monde où, parce qu’il ne reste plus rien, le théâtre tire ses propres ficelles et sonne plus vrai que nature. Dans cette Campagne, nous n’avons pas affaire à trois personnages en quête d’auteur, mais à des humains en quête d’existence.