Accueil du site / Les spectacles / Grammaire des mammifères de William Pellier, Ed. Espaces 34 / Scénographie / Notes

 

La scénographie pourra être en dialogue ou en contradiction avec le texte, dans tous les cas, elle s’emploiera à le contenir.

Pour nos quatre protagonistes « grammairiens » qui analysent la langue en mouvement, Alexandre Fruh, à la scénographie, a conçu un grand cube, une cage de 2,40 m de hauteur, composée de quatre châssis, qui sert de véritable cage de laboratoire pour observer et expérimenter. Les protagonistes articulent ce cube, le déplacent dans l’espace. Grâce à sa structure en aluminium légère, ils peuvent s’amuser à le renverser sur toutes ses faces. Accrochés aux tubes qui le composent, des planches de taille et de grandeur différentes, des panneaux en bois, en matière plastique ou recouverts de fins miroirs, avec ou sans intervalles et une déclinaison d’objets suspendus à différents crochets. Tous les éléments de la structure seront érigés par les acteurs et comme la parole, les espaces seront démultipliés (petits cadres, grands cadres, cube, angles, panneaux ouverts, panneaux superposés, etc.). L’espace se modulera au gré des situations de texte. Tantôt penchée, désaxée et comme suspendue dans l’espace, tantôt légère et stable comme une grande boîte en carton, la structure cubique extrêmement mobile favorisera la construction d’une géométrie de l’espace multiple.

 

La scénographie est placée entre le vouloir organiser et le laisser-faire, idée maîtresse dans Grammaire des mammifères . Nos protagonistes sont à la fois maîtres d’œuvre, car ils manipulent une structure de forme tubulaire simple, pour donner sens à leur dire et leur action mais sont eux-mêmes manipulés, par l’objet, comme par la parole ou par leurs partenaires de jeu.

 

Grammaire des mammifères est une tentative de reconstruction d’une logique, et par là-même, une reconstruction dans l’espace, une focale à instaurer, dans une dynamique de paroles qui permet le déplacement, le rapport à deux, le regroupement, l’inertie, l’hésitation, l’exclusion, la compétition, etc. Évoluant en fonction des besoins ou de l’action, et à l’image de la mise en scène, cette structure permettra de démultiplier les points de vues. Du cadre qui pourra faire office de tableau, on évoluera vers le cube, comme vers un espace de boîte à monstres et à jeu(x) mais aussi vers des panneaux dépliés et reliés les uns aux autres, qui permettront de jouer comme derrière un castelet. Une structure dont les protagonistes épuiseront les possibilités et dont ils inventeront sans cesse le mode d’emploi. Le comédien pourra entrer et sortir de cet espace réservé à l’expérience, le bousculer, le démonter, y grimper, en examiner les ressorts, les articulations, comme il le fera avec son propre langage.

 

A partir de cet espace matrice, tout un catalogue d’objets prendra forme et renforcera les messages à délivrer. Le panneau deviendra grande table de conférence, les protagonistes fabriqueront un podium sur lequel ils se livreront à leurs joutes verbales, ils grimperont sur de petits escaliers ou sur une grande échelle qui créeront d’autres niveaux de parole. A l’intérieur du grand cube, les ouvertures faciliteront les allers et venues d’objets roulants ; des crochets fixés sur cette structure tubulaire permettront de suspendre de l’accessoire et dans l’espace, de vielles chaises patinées façon aluminium serviront d’assise ou se laisseront détourner de leur usage fonctionnel. De grands filins seront tendus pour tracer des lignes géométriques qui préciseront cette grammaire spatiale.