Accueil du site / Les spectacles / Grammaire des mammifères de William Pellier, Ed. Espaces 34 / Note d’intentions par Catherine Javaloyès / Présentation

 

Grammaire des Mammifères de William Pellier, ne renvoie à aucun schéma théâtral connu ; il offre à la compagnie l’opportunité d’observer l’humain - curieux animal – sous toutes ses facettes, en remettant en jeu la forme même de la représentation théâtrale.

 

Quatre protagonistes en uniformes gris et lunettes roses vont circuler sur un plateau de théâtre transformé pour la circonstance en salle de conférence avec table, chaises, micro, et boîte à expériences. C’est à peu près tout ce dont nos conférenciers auront besoin pour tenter de pénétrer la complexité du genre humain. Bouts de ficelles et couvertures, fourchette, tableau noir et petite et grande boîte en carton et poisson rouge feront le reste avec l’aide de quelques indispensables pouvoirs surnaturels.

 

La langue ciselée, corsetée et farouchement contemporaine de Grammaire des mammifères , génère, une fois apprivoisée, drôleries et situations loufoques. Ici, cette pincée de folie est l’ingrédient indispensable pour continuer à interroger l’hommerie sur la scène de nos vies mouvantes. Car la pièce triture les ressorts de nos comportements et tente de lever les masques qui collent à nos vies. Elle devient terrain d’expérimentation pour observer nos rituels quotidiens, intimes ou officiels de façon quasi entomologique.

 

Un groupe d’acteurs, avec le public invité et complice, endossent des rôles et tentent de se démasquer dans notre propre comédie sociale. L’axe de nos regards sur ce qu’on attend de la représentation lui aussi se décale. Ces protagonistes travailleront jusqu’à ne plus jouer, pour s’approprier sans masques nos jargons et nos travers.

Tout sera prétexte à disséquer les entrailles des affects, des contradictions de l’homme d’où, à tout moment, peut jaillir l’animal tapi en lui. Étalés sous les feux de la rampe, la plaidoirie, le cours d’anatomie, de métaphysique, le discours hypnotique, le bilan de compétences, l’épopée, la télé réalité, les témoignages contemporains, la scène de théâtre aussi, autant de prétextes à dire au pluriel cet humain singulier que nous sommes.

 

Sur le plateau, tout change, se métamorphose, rien ne s’éternise, ça va très vite ou très lentement, c’est passé et encore là, grands et petits moments se juxtaposent, un peu comme dans la vie. Télescopages, traces fugitives, perpétuelles métamorphoses, compétitivité et struggle for life : la scène devient grammaire, les acteurs le vocabulaire, dans une grande phrase qui articule et désarticule la représentation, revisite les règles de notre vivre-ensemble.

 

Grammaire des mammifères , un texte vif et percutant qui provoque du rire libérateur. C’est un formidable outil de théâtre pour éclairer d’un mot les ténèbres du genre humain : (…) La grammaire devrait servir à cela : montrer des aspects de la vie des gens à d’autres gens. Elle devrait montrer la vie. (…) William Pellier

 

Catherine Javaloyès,

18 novembre 2012