Accueil du site / Les spectacles / Petites Pauses Poétiques, etc. , d’après des textes de Sylvain Levey, Ed. Théâtrales / Média : presse écrite, photos, vidéos / La presse en parle / Puzzle tonique

 

Aux Taps gare pour ce week end encore, les « Petites Pauses Poétiques etc. » de Sylvain Levey proposées par la compagnie strasbourgeoise du « Talon Rouge ». Un spectacle tout public qui lave le regard sur le monde et passe par l’adolescence pour dire le grand cirque du monde.

Fragments d’un monde - le nôtre à tous, petits et grands - ramenés à l’essentiel par les mots et les gestes. Avec une absence de concession qui n’exclut pas la tendresse, loin sans faut, Catherine Javaloyès et sa compagnie du Talon rouge reprennent les « Petites pauses poétiques etc. » de Sylvain Levey créées au Point d’eau d’Ostwald la saison dernière. Un texte contemporain donc, une forme théâtrale originale qui enchaîne les saynètes dans une fluidité encore mieux définie qu’il y a un an et un spectacle étonnamment rafraîchissant malgré l’incisif d’un propos au scalpel. Qui sont-ils ces quatre personnages à qui l’on ne peut donner d’âge ? Notre part d’enfance, l’adolescent critique qui voudrait ne pas s’éteindre en nous ? Une manière d’être au monde qui resserrerait tous les âges de la vie ? Un regard qui aurait refusé d’être dupe en tout cas. Pascale Lequesne, Blanche Giraud-Beauregard, Gaël Chaillat et Jean-Philippe Labadie incarnent la multitude des pièces de ce puzzle un peu lunaire, poétique dans ce décalage qui paradoxalement permet d’être au plus juste du réel. Avec un métier très sûr, cette bande des quatre, complice et drôle, nous entraîne de la cour de récréation à la voiture familiale, nous fait croiser « l’arabe du coin », l’enfant exclu, celui qui rêve au mariage de conte de fée, celui qui se sait différent, celui qui n’en peut plus de ce métier d’enfant que lui inflige ses parents… Se disent, se chantent et se dansent les abus de pouvoir, les trahisons et les blessures, la douceur et la cruauté, la société de consommation, la vie qui va envers et contre tout et les rêves de changer le monde brisés par le principe de réalité. Les dialogues sont vifs, bruts de décoffrage. Catherine Javaloyès les fait résonner dans une mise en scène inventive où les comédiens leur donnent corps et voix. On est cueilli à plus d’un tournant par ce spectacle déroutant et juste où l’on oscille sans cesse entre le grave et le ludique. La musique de Pascal Doumange donne le ton à l’intemporel d’un spectacle réchauffé par les lumières de Xavier Martayan. On en sort le pied léger et l’œil aux aguets.

 

Véronique Leblanc, Dernières Nouvelles d’Alsace, 11 mars 2010